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mercredi 15 mars 2017

Le bilan de 2016

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Comme chaque année, nous vous faisons un petit retour sur l’année précédente. Cette année un peu plus tard que d’habitude… En effet comme vous l’avez peut-être remarqué, nous avons été obligées de ralentir le rythme des publications sur le blog, du fait de nos vies bien chargées en ce moment !
La traditionnelle photo de Noël
En 2016, comme toujours, c’est le rythme de la vie scolaire qui a donné le ton. En particulier, les examens réguliers que les filles doivent passer, et notamment ceux très importants de fin d’année scolaire, qui ont lieu en mars. Toutes les fillettes ont réussis, y compris les quatre qui devaient passer un examen supplémentaire (Kannada Pandit Exam), une sorte de certification qui facilitera leur entrée sur le marché du travail le moment venu. En juin, c’était déjà le temps de reprendre le chemin de l’école, avec de nouveaux sacs, livres et stylos… Pour 8 d’entre elles (les plus âgées), c’était une rentrée un peu spéciale, car elles ont été acceptées dans une nouvelle école, sélective. Cette école devrait non seulement les aider à poursuivre de bonnes études mais leur permettre également de bénéficier d’une bourse d’études si elles obtiennent de bonnes notes. Elles ont bien vécu ce changement, se sont fait de nouvelles amies, et deux sont déjà en tête de leur classe !
 
dégustation de pastèque
A part l’école, l’année a été rythmée par les nombreuses célébrations du calendrier indien, qu’elles soient religieuses (chrétiennes, hindoues ou musulmanes), civiles (comme Republic day et la journée de l’indépendance), ou plus « globales » comme le nouvel an, qui a été célébré en plein air, à chanter des chansons, bavarder et danser autour d’un feu de camp…Pour Republic day (le 26 janvier), les filles n’avaient pas école, et elles sont allées à la rivière, pour jouer dans l’eau. En ce qui concerne les festivités religieuses, elles ont célébré la fin du ramadan, Diwali ou encore Raksha bandan (une fête hindoue qui célèbre l’amour entre frères et sœurs, et par extension, l’amitié). Et puis il y a bien sûr eu la traditionnelle fête de noël, qui est toujours marquée par le spectacle de danse et de chant, que les filles répètent durant plus d’un mois. Et en Inde, même l’école à ses propres fêtes, que ce soit School Day en février ou Teachers day en septembre. A chaque fois, les filles ont participé à un petit spectacle, et au vu de leur expérience dans ce domaine, elles ont souvent joué un rôle de « leader » dans le choix des chansons et la conception de la chorégraphie. Un autre grand moment de l’année a été le voyage à Hampi.
Répétition du spectacle de danse à l'école
Comme cela fut le cas l’année précédente, le climat a parfois été rude, et durant « l’été indien » (le vrai, qui dure d’avril à mai dans cette région), trouver de l’eau potable été difficile, et cette tâche a beaucoup occupé les équipes de l’orphelinat. Mais la nature a aussi pu être source de plaisir, et après la mousson (en juin/juillet), les filles ont planté un petit jardin sous la supervision de Shivamma. Cela a été l’occasion de planter du jasmin, des hibiscus et autres. Elles ont beaucoup apprécié cette activité!

Plusieurs volontaires sont venus à l’orphelinat. En novembre d’abord, il y a eu des visiteurs du Royaume-Uni, qui ont surtout fait des travaux manuels avec les filles, et leur ont appris des chansons anglaises. En décembre, une volontaire allemande est arrivée pour deux mois. Elle voulait apprendre aux filles à faire différents travaux d’aiguilles, et notamment, elles ont fabriqué ensemble des sacs à dos. Enfin, en janvier 2017, une nouvelle volontaire est venue, principalement pour aider les filles en sciences. En effet, les plus grandes suivent maintenant des cours assez avancés dans cette matière, et cela devient difficile pour le personnel de l’orphelinat de suivre, et de les aider dans leurs devoirs.
 
Préparation des cartes de Noël
En ce qui concerne les questions de santé, il y a eu deux maladies sérieuses cette année, dont une crise d’appendicite. Mais les deux fillettes ont reçu un traitement rapide et efficace, et elles vont bien. A part ces deux cas, il n’y a eu aucun problème de santé sérieux, et d’une façon générale, on ne peut que constater que l’état de santé général des petites pensionnaires est bien meilleur qu’à leur arrivée. Ceci est sans doute dû à une meilleure nutrition, ainsi qu’à une approche préventive de leur santé. Par exemple, le mois dernier (février 2017), elles ont toutes été vaccinées contre la rougeole et la rubéole. Pour les plus grandes, cela a été fait au sein de l’école, et les plus jeunes, qui ne sont pas encore à l’école primaire, ont été emmenées à l’hôpital local.
Vaccination
Pour finir, une nouvelle petite fille a rejoint l’orphelinat, et une autre est partie. Le départ d’une des filles est une histoire triste : elle ne s’était jamais adaptée à l’endroit, et son comportement devenait de plus en plus complexe à gérer, notamment parce qu’elle se mettait en danger, et pouvait mettre en danger les autres. Le personnel se sentait assez démuni. Comme elle avait encore des proches, et que ces derniers se trouvaient désormais en position de s’occuper d’elle à temps plein, Prema a jugé que ce serait finalement la meilleure solution pour tout le monde. Cela n’a bien sûr pas été une décision facile. Et en janvier 2017, Samrudhi a rejoint les rangs d’Ingrid Nava Jeevana. Pour le moment, elle est encore en période d’adaptation et passe le plus de temps possible dans son nouvel environnement, mais tout se passe bien, et elle devrait être scolarisée à la rentrée prochaine.

As usual, 2016 was rhythmed by the school. Indeed, girls have to attend regular exams. The most important exams are in March (end of year exams). All of them did well and four of the girls also prepared a special exam (Kannada Pandit Exam) which is an additional qualification which will make getting a job in the future much easier for them. In June, all of the girls went back to school with new bags, textbooks and stationary. For eight of them, this year meant a lot of change, as they were admitted in a new school, which is selective and will help them greatly in their future studies. Though this was a great change, they were happy with their new classes and teachers and made new friends. They scored good marks showing that they are doing well in their new school, two of them are head of their class. 

Aside from school, many festivities marked the year; religious (Hindu, Christian and Muslim), civil (such as Republic and Independence day), and “global” ones, such as the New Year, which was welcomed around an outside fire, spending a large part of the night chatting, singing and dancing. For Republic Day (26th of January), the girls had the day off school and they all went to the river side to enjoy playing in the water. Regarding religious festivities, the end of Ramzan (Ramadan), Diwali, or Raksha Bandan (a Hindu festival celebrating love between siblings and by extension friendship) were celebrated, as well as of course Christmas, for which the girls presented their usual song and dance spectacle. And the school has its own festivities in India, School Day in February, and Teachers day in September. Each time, the girls participated in small song and dances shows, and as they have some experience in this field, they often played a great role in choosing the songs and prepare the choreographies. Another high point of the year was the trip to Hampi.

As for last year, the climate can be rough in Karnataka, and during ‘Summer’ (April to May in this region), finding drinking water was difficult, and became one of the most time consuming tasks for the staff. But nature also offered some nice pleasures, for instance, after the monsoon (in June/July), the girls started a small garden with Shivamma. They planted small plants such as jasmine, lemon, chickoo, hibiscus etc. The girls enjoyed planting these.

Several volunteers came to the orphanage this year. In November a few guests from the UK came. They taught a few handicrafts and painting to the children, as well as English songs. In December a German volunteer came and stayed for two months. Her project was to teach stitching to the girls and to show them how to make drawstring backpacks. She also spent time with younger girls painting, drawing and doing crafts. And in January 2017, a new volunteer has come, mostly to teach science and mathematics, which is crucial now that the girls are growing and that the staff cannot always help them in these subjects.

Regarding health issues, two of the girl were quite severely sick this year, one with appendicitis. But all ended well as both girl received a good treatment. They were no other major case of illness. This is actually a matter of great joy to see that the girls are overall in much better health than they were when they joined the orphanage. This is the result of a better nutrition, as well as a more preventive approach towards their health. For example in February (2017), all the children received their Measles and Rubella vaccinations. The older girls had these administered through their schools and the girls too young for school were taken to the local hospital.

To end this year recap, a new girl joined the orphanage, and one left. The departure of the girl is actually a sad story; she never adapted well to the structure, and her behaviour was sometimes violent, putting herself, and sometimes others in danger. The staff felt quite helpless, and this was a sad situation for everyone. As she still had some kin, who were now in a position to take care of her, Prema decided this was for the best. In January 2017, Samrudhi joined Ingrid Nava Jeevana. She is still staying at home to get used to her new surroundings and life, but she should join school soon.

jeudi 19 janvier 2017

Bonne année! Happy new year!

Avec un peu de retard, nous souhaitons une excellente année 2017 à tous nos soutiens! Nous sommes désolées d'avoir été moins présentes ces derniers mois, nous essaierons de vous donner des nouvelles fraiches très bientôt...

We wish a very happy new year to all of you who support our action! We are sorry we were not able to be more present in the last few months, but we will do our best to give you fresh news very soon...

mercredi 5 octobre 2016

Les femmes en Inde - partie 2



En novembre dernier, nous vous avions parlé de notre choix de concentrer notre action sur les femmes et les filles (clic). Nous vous avions promis plus de détails, et puis l’actualité avait pris le dessus. Mais nous revoilà pour quelques informations complémentaires, centrées cette fois sur la place des femmes dans la famille. Comme dans le précédent post, il s’agit avant tout du point de vue, forcément subjectif, de Chloé qui a vécu un an à Siruguppa.
Les filles travaillent ensemble
Il faut préciser qu’en Inde, le droit familial est « communautaire », c’est-à-dire qu’hindous, musulmans et chrétiens (ainsi que d’autres communautés) appliquent des règles de droits différentes en matière de mariage, succession et adoption notamment. Le code civil hindou (qui concerne une majorité des habitants de Siruguppa) est aujourd’hui plutôt égalitaire « sur le papier », mais l’application reste compliquée ; par exemple il est courant pour les filles de renoncer à leur part d’héritage, sous la pression, plus ou moins appuyée de leur famille….
Sur la place des femmes dans la famille, Chloé se souvient qu’elle a rencontré bien des femmes qui vivaient des situations personnelles très difficiles. Elle nous dit : « beaucoup de femmes que j’ai pu rencontrer avaient été victimes à un moment ou l’autre de violence conjugale. Même si la violence domestique est un crime en Inde, il est souvent difficile à ces femmes de porter plainte, à la fois du fait du manque de bonne volonté de la police, mais aussi parce que c’est stigmatisant socialement. Aujourd’hui encore il y a très peu de divorces à Siruguppa, et c’est extrêmement mal vu… »

Un graffiti féministe à Delhi (photo personnelle de l'auteure)
En effet, le système familial est le plus souvent patriarcal (même s’il y a des communautés matriarcales en Inde) et patrilocal. Cela veut dire que le plus souvent, les femmes s’installent dans la famille de leur mari, prennent son nom et les enfants portent le nom du père (ces deux derniers points se retrouvent d’ailleurs dans de nombreux pays, comme la France). En cas de décès des deux parents, les enfants sont de la responsabilité de la famille du père. C’est d’ailleurs un sujet qui pose problème pour les familles de devadasis, dont sont originaires un certain nombre de filles de l’orphelinat. Elles n’ont pas de père connu (en tout cas pas officiellement), et en cas de décès de leur mère, elles ne sont donc la responsabilité de personne…
Cependant, encore une fois, cela ne veut pas dire que les femmes n’aient aucune position dans leur famille. Comme nous le dit Chloé, « déjà en 2003, j’avais été très surprise de constater la grande maîtrise des naissances par les femmes. Personne n’utilisait de préservatif (ce qui s’est amélioré depuis heureusement, notamment pour un certain nombre de devadasis), mais les femmes avaient l’habitude de se faire opérer pour une ligature des trompes après 2 voire 3 naissances, et ce de façon volontaire, même si les cas de stérilisations forcées sont assez fréquents dans le reste de l’Inde. De ce fait, à Siruguppa, les familles de plus de 3 enfants sont ainsi rarissimes. »
Manifestation féministe à Delhi, 2016 (photo personnelle de l'auteure)
 Par ailleurs, les femmes s’organisent et s’entraident. Ainsi, Chloé a pu observer que Prema était reconnue comme un leader des femmes à Siruguppa et dans la région, et régulièrement les gens venaient la consulter pour essayer de résoudre des difficultés dans les relations entre les hommes et les femmes. Elle était d’ailleurs aussi bien sollicitée par les femmes directement concernées, que par des pères, des frères, des sœurs, des mères. Pour Chloé, entendre ces histoires douloureuses n’était pas toujours évident, mais en revanche elle appréciait d’entendre Prema proposer des solutions, et de voir les familles évoluer en mettant en place certaines pistes proposées. Ça n’était pas une écoute impuissante, mais une écoute constructive permettant de dénouer des situations inextricables. Les pistes portaient aussi bien sur des interventions du comité d’anciens de la caste ou de la religion, sur des discussions de Prema avec l’homme concerné, sur des sollicitations de la police, des interventions au travail du Monsieur, auprès des parents du Monsieur, un retour temporaire de Madame dans sa famille : toute une palette de propositions sur mesure en fonction des situations. Un conseil fréquent de Prema : les femmes ont intérêt à travailler pour avoir une indépendance financière…